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Le 12 septembre 1914, Gara Matabiau, départ des Territoriaux et déjà les premiers retours des blessés

 

 

Les tensions diplomatiques de l’été, depuis quelques jours, préoccupent et les rumeurs prennent peu à peu forme qui, irriguant avec plus ou moins d’intensité villes et campagnes, commencent à agiter le spectre de la guerre.

Avant même d’entendre l’ordre de mobilisation, les Français savent que le tocsin est synonyme de catastrophe. Tout au long du XIXe siècle, il a été la sonnerie de l’émeute et de la violence collective.

Le 1er août 1914, l’ordre de mobilisation générale est décrété en France. Tous les Français soumis aux obligations de la conscription universelle masculine en vigueur doivent donc quitter leur foyer et revêtir l’uniforme.

Pour alerter une population rurale en pleine moisson, dispersée dans des champs et des hameaux éloignés parfois de plusieurs kilomètres de la mairie, les autorités communales délivrent un message sonore d’alarme et font donc sonner le tocsin aux cloches des églises.

L’urgence de la mobilisation qui commence à minuit impose un prompt rassemblement des hommes pour annoncer au plus vite l’ordre de mobilisation.

Rentré chez lui une fois l’ordre connu, chaque homme consulte son livret militaire. Dans celui-ci, il trouve les indications à suivre en cas de mobilisation, qu’il peut aller se faire expliquer à la mairie.

Il s’agit dès lors de s’organiser pour rejoindre à la date demandée le lieu de stationnement de son régiment qu’il soit d’active, de réserve ou de territoriale. Les rassemblements sont échelonnés afin d’éviter de trop grands afflux sur les routes et les chemins de fer. Si les conscrits et les soldats de l’active sont déjà encasernés, les réservistes doivent rapidement s’adapter aux exigences militaires et à la préparation d’une campagne de guerre. Une fois tous les réservistes arrivés, les unités d’active peuvent partir pour leur zone de concentration, point de départ vers les lieux d’opérations choisis par l’état-major.
Ces déplacements de centaines de milliers d’hommes et de chevaux, accompagnés de leur matériel, nécessite une mobilisation sans précédent des chemins de fer. Au final, en France, 16 500 trains militaires circulent entre le 1er et le 20 août. Les lignes maritimes ont également été mobilisées pour les unités venus de Corse et d’Afrique du Nord. 38 000 hommes et 6 800 chevaux ont ainsi traversé la Méditerranée depuis l’Algérie et la Tunisie.
Le voyage en train vers la zone de concentration a constitué pour les soldats la deuxième expérience collective de la guerre. S’il a duré bien moins longtemps que le séjour en caserne, il a marqué fortement les esprits et son souvenir. Pour de nombreux soldats, il représente parfois le premier long voyage de leur vie : les Français de 1914 sont certes plus mobiles qu’un siècle auparavant, mais de très nombreux paysans ont conservé un horizon de vie géographique limité à leur « pays » ou à leur région, découverte lors de leur service militaire.


Malgré l’émotion et la tristesse de la séparation, les Français ont surtout manifesté une attitude pleine de sang-froid. Dans la résignation, entre la consternation et l’enthousiasme, ils ont le sentiment du devoir à accomplir dans l’obéissance à la loi.
Quand ils montent dans le train, les hommes ne savent pas où ils seront débarqués. Tous imaginent bien qu’il s’agit de l’Est, mais la localisation de leur zone de concentration est ignorée. La plupart se persuadent, comme la presse, que le conflit, s'il éclate, sera court.
À la mi-août, l’armée française est prête et se lance dans les premières grandes offensives.

À la fin du mois, plusieurs dizaines de milliers de jeunes Français ont déjà trouvé la mort.

En 1914, l’enrôlement dans l’armée française repose sur le principe de la conscription, établi par la loi Jourdan (1798). Tous les hommes français âgés de 21 ans doivent accomplir, sauf incapacité physique, leur service militaire. Ils sont ensuite intégrés aux forces de réserves, puis aux forces territoriales jusqu’à la fin de leurs obligations militaires (51 ans). En cas de mobilisation générale, « réservistes » et « territoriaux » doivent rejoindre au plus vite leur régiment, sous peine d’emprisonnement pour désertion.

Ainsi, lorsque, dans la soirée du 1er août 1914, les Français découvrent sur la porte des mairies l’affiche portant « ordre de mobilisation générale », chacun sait ce qui est attendu de lui. La guerre n’est pas encore effective (l’Allemagne ne la déclare à la France que le 3 août), mais la crise née en Bosnie a atteint un point critique. L’immense majorité des Français, toutefois, n’avait pas réellement mesuré toute l’ampleur de la gravité de la situation. C’est donc avec une certaine stupéfaction qu’est lu le décret, signé par le président de la République Raymond Poincaré, qui enjoint les trois millions de réservistes et de territoriaux à rejoindre, dès le 2 août, les 800 000 soldats déjà en service actif (au total, 8,5 millions de Français seront mobilisés entre 1914 et 1918).

Pour les soldats et leurs familles, dans l’angoisse de la séparation, l’heure n’est ni à l’exaltation guerrière, ni à l’expression de la haine de l’adversaire, ni à l’exigence de la « Revanche » et de la reconquête de l’Alsace-Lorraine. Les historiens ont remis en cause le mythe d’un départ « la fleur au fusil ». Les attroupements autour des trains de conscrits quittant les gares sous les vivats furent en réalité peu nombreux. Le sens du devoir, la volonté d’assurer la protection de leurs familles, la résignation et l’espoir d’une guerre courte, achevée dans l’année, furent bien les sentiments dominants des mobilisés au moment de rejoindre leur régiment.

source: centenaire.org